06.09.2011
L'enjeu du combat que nous devons mener !!
EHPAD de détresse !
28 août 2011
Laver vingt « mamies» à l’heure ! Qui dit mieux ?
C’est le plus souvent dans les Etablissements Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) que la situation se produit. Quarante résidents par étage, « papis », « mamies », qui logent dans des structures plus ou moins médicalisées.
Entourés de professionnels, aides-soignantes pour la plupart, ils coulent des jours paisibles jusqu’au dernier. Si dans les pays du nord de l’Europe on compte un agent pour un résident, en France, ces moyens sont inférieurs de moitié pour un travail identique. Seul le résultat diffère. C’est ainsi qu’il devient courant d’imposer des cadences de travail qui dépassent l’entendement.
Normalement les aides-soignantes apprennent durant leur scolarité qu’il faut environ 20 minutes pour réaliser une toilette à une personne dépendante et plus de 40 minutes pour certaines autres pathologies. Or, lorsqu’elles se retrouvent à deux pour quarante personnes et que les toilettes doivent s’effectuer entre 9 heures et 11 heures elles adoptent un rythme de « vingt mamies à l’heure ».
Seule, l’aide-soignante aura 6 minutes par personne. Si elles sont deux, 3 minutes seront disponibles.
Il faut donc faire appel aux Agents des Services Hospitaliers Qualifiés. Les ASHQ sont chargés d’entretenir les locaux. Réglementairement, ils ne sont pas autorisés à faire une toilette. Mais ils coûtent moins chers qu’une aide-soignante. Alors les directions n’hésitent pas à transgresser la Loi.
.Nous avons rencontré Arnaud Pionner qui est responsable départemental de FO santé et qui connaît bien les EHPAD de son département de l’Eure et Loire. Il témoigne : « Un chômeur de longue durée peut se retrouver du jour au lendemain en train de faire une toilette à un résident. Il est envoyé par « pole emploi » pour exercer l’entretien des locaux et se retrouve à la toilette des personnes âgées». Qu’importe les compétences ! « Un nouveau recruté ne sachant pas compter et n’osant pas le dire à ses collègues, devait donner 100 gouttes de médicament à un résident. ».
Cette situation fait réagir d’abord les professionnels qui sont confrontés à l’éthique de leur métier et à la famille qui a toutes les raisons de se plaindre. Ensuite, les syndicats qui dénoncent ces faits aux plus hautes autorités.
Les réponses sont désespérantes : « Mesdames et Messieurs, s’ils étaient chez eux, croyez- vous qu’ils se laveraient tous les jours ? » ; « C’est un problème d’organisation », « les personnes âgées n’ont pas de douche chez eux, ils sont habitués », « la douche leur rappelle la guerre». Un directeur de DDASS répond au syndicat : « nous préconisons une douche tous les 13 jours » etc., etc.
.Les cadres qui sont chargés de l’organisation des services ne possèdent plus les réponses. Ils deviennent des spectateurs impuissants à la souffrance du personnel. (même si certains en ajoutent encore !)
Arnaud Pionner nous raconte des plannings de fou ! « 21 jours de travail sans un jour de repos pour une infirmière à l’EHPAD de Pontgouin en 2005 faute d’infirmière de remplacement, 6 repos hebdomadaire fractionnés sur 4 semaines en été 2011 à l’EHPAD de Chartres, des cadres venant au domicile des agents les supplier de revenir travailler afin de pouvoir finaliser les plannings »
Il a relevé des paroles d’agents : « On ne lave plus des corps, mais simplement des peaux », « C’est l’abattage ce matin ; à l’usine on fabrique des boulons, mais nous on a des êtres humains à s’occuper », « En 2 mois, Mr …. ne savait même plus éplucher une pomme, rien n’est fait pour garder l’autonomie des résidents », etc., etc.
Les témoignages sont troublants et lorsqu’on apprend qu’ici ou là un agent a fait preuve de maltraitance, les autorités se lavent de toute responsabilité et dénoncent les coupables qui sont forcément les personnels.
Ce fut le cas à l’EHPAD de Maintenon. « Un agent de service était seul avec 6 personnels intérimaires en plein été, cet agent a été convoqué devant un conseil de discipline pour fait de maltraitance »
« A Chartres, les repas sont servis à 17h30, un agent pour 30 résidents que l’on doit faire manger à la petite cuillère et ensuite faire la vaisselle, les mettre au lit, changer la couche, et à 20h30 tout doit être fini, soit 6 minutes par résident ! »
Cette situation de travail devient insupportable et lorsqu’elle est dénoncée au plus haut niveau, les yeux, qui sont engoncés dans les orbites de l’autorité, se baissent à peine.
Arnaud Pionner, ce militant FO, nous communique les résultats d’une enquête réalisée dans les EHPAD d’Eure et Loire où il est noté que des emplois budgétés pour des aides-soignants sont occupés par des agents de service. Le plus dramatique nous dit-il, « c’est le recrutement impressionnant de contrat précaire (CAE). Par exemple, à l’EPHAD de Cloyes-sur-le Loir en 2007 il y avait 1/3 de ses effectifs en contrat précaire. »
Une société qui ne respecte pas ses anciens n’est pas digne. Les plus en colère ne peuvent que souhaiter le même sort à ceux qui, aujourd’hui confortablement installés dans des fauteuils dont ils se disputent la qualité, seront confrontés aux faiblesses d’un corps qui sera plongé dans l’indignité.
Ceux qui pensent que la dépendance doit reposer sur la solidarité, sur la dignité, sur l’accompagnement chaleureux d’une main qui se tend ou d’un sourire qui réconforte, ceux-là veulent changer ce logiciel libéral mondialisé : la main tendue et le sourire ne sont pas « facturables »(1)
(1) Mot utilisé par les gestionnaires hospitaliers dans le cadre de la tarification à l’activité
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Commentaires
Ce témoignage est affligeant et certainement réel..je pense aussi que ces exemples peuvent laisser penser que ces traitements indignes sont généralisés..il y a forcément des moments d'humanité dans l'accomplissement de ces taches et il faut aussi en parler.
Nous devons dénoncer ce qui nous révolte et défendre le combat pour la reconnaissance d'une prise en charge de la dépendance pourvue de moyens humains et financiers dignes d'un pays civilisé, dire aussi que ce qui est tenté et mis en oeuvre pour progresser doit être relayé et promu..ne serait-ce pas ainsi faire oeuvre utile d'équité ?
L'exemple positif ouvre à la réflexion et donc au progrès ..c'est à espérer.
Écrit par : saucet catherine | 10.09.2011
Non et fort heureusement ces traitements indignes ne sont pas généralisés . Les progrès depuis 2005 n'ont cessé d'augmenter dans le département de la Manche grâce à l'écoute de nombreux élus et professionnels attentifs aux besoins de la personne âgée dépendante. Certains, d'ailleurs, adhèrent à notre association. Cependant, notre fédération, la FNAPAEF collecte les témoignages dans toute la France afin d'alerter sur la vie difficile des soignants et des aidants qui manquent cruellement de moyens.Le report de la réforme nous inquiète et nous consterne car ce sont les personnes les plus fragilisées qui en souffriront le plus. Souhaitons en effet que partout en France la bien-traitance gagne du terrain . La bonne volonté et l'abnégation des soignants ne suffisent pas. Nous sommes bien d'accord, il faut trouver plus de moyens humains et financiers.
Écrit par : C.Macé | 11.09.2011
Cet article a été écrit par le blog FO-Santé. Il serait bon de citer vos sources. Merci
Le rédacteur du blog FO-Santé
Écrit par : Garnier | 13.09.2011
Merci de votre remarque sur notre oubli . il s'agit d'un témoignage tiré de JE- NOUS-TOUS avec FO.
Les témoignages des soignants et des aidants sont nombreux dans le domaine,mais les progrès aussi heureusement..Continuons ensemble d' oeuvrer pour que la bien-traitance remplace partout et vite les manques signalés dans cet article
“Maman est-ce que ta chambre me plaît ?” écrit par William Réjaut, infirmier,et un autre livre tout aussi riche : “Repenser le maintien à domicile” de Bernard Ennuyer, nous apportent également une mine d'enseignements.
Écrit par : Christiane Macé | 18.09.2011
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